3 questions à Pascal Deboudt – Président du Comité Régional d’Équitation Centre-Val de Loire

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Pouvez-vous nous décrire l’équitation à l’époque de la Renaissance et le rapport de François Ier avec l’Art équestre ? 

Avant la Renaissance, les chevaux sont très présents en France dans tous les aspects du quotidien, mais dans une fonction essentiellement utilitaire. Certains travaillent aux champs, d’autres servent pour les déplacements, la noblesse les utilise pour la chasse, l’apparat ou la guerre. François Ier – lui-même cavalier passionné – a su importer la Renaissance italienne sous de multiples formes, parmi lesquelles l’équitation.

Savoir bien monter un cheval, valoriser sa locomotion, maîtriser ses allures, devient alors un sujet de réflexion et un art à part entière. Inspirés par les écuyers italiens, les maîtres français ouvrent des académies, écrivent des traités, inventent des exercices, théorisent leur vision de l’équitation pour dessiner les contours de ce qui deviendra l’équitation de tradition française, inscrite sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité de l’Unesco depuis 2011.

L’harmonie du couple, induite par la qualité des demandes de l’écuyer et l’obéissance calme du cheval, vise la légèreté de l’exécution des figures de manège et des sauts. Pour l’obtenir, il est nécessaire de se questionner sur l’animal : son anatomie, sa psychologie, sa physiologie… Les étapes de son éducation sont formalisées. Les harnachements et mors sont diversifiés. Les chevaux les plus expressifs sont sélectionnés pour la reproduction.

La Renaissance n’est donc pas un simple épisode dans la longue histoire des relations entre les hommes et les chevaux, elle est le tournant qui a donné aux activités équestres toute la richesse et la vigueur que nous leur connaissons aujourd’hui. Je ne sais pas si François Ier s’est douté un instant de tout cela en laissant souffler cet air d’Italie sur sa Cour !

Vous organisez l’événement « 500 cavaliers pour les 500 ans de Chambord ». Comment est née cette idée et qu’en attendez-vous ?

La magie d’une célébration comme Viva da Vinci 2019!, c’est qu’elle ouvre toutes les portes. Ce qui est habituellement impensable devient envisageable. Les partenaires sont autour de la table avec tous la même envie de rendre ces 500 ans exceptionnels. C’est un élan formidable. Quand M. Jean d’Haussonville, Directeur général du Domaine national de Chambord, a suggéré la possibilité d’accueillir un événement équestre, tout s’est imbriqué quasi instantanément : La connexion entre cheval et la Renaissance est naturelle. Le château, puissant symbole de la période, a vécu plus longtemps entouré de chevaux que de voitures. Et le chiffre de 500 n’a pas non plus été difficile à trouver… Les premiers ingrédients de cette grande journée de fête autour du cheval à Chambord étaient réunis.

C’est l’idée originale de la flânerie équestre qui a mis plus de temps à prendre forme. Les présentations équestres (qui seront proposées le 30 juin dans le Festival des écuyers) et l’aspect didactique d’un colloque (« Le cheval à Chambord, une histoire de Renaissances », programmé le 29 juin) étaient incontournables. Mais nous voulions aussi un événement en mouvement, un parcours qui permette de découvrir la majesté du site en même temps que la diversité du monde équestre régional. Il fallait que ce soit ouvert aux piétons en famille et aux cavaliers et aux attelages sans qu’ils aient besoin de mettre pied à terre.

Nous avons abouti à la création de 3 itinéraires (un piéton, un pour les attelages, et un pour les cavaliers), qui se croisent en toute sécurité et conduisent à découvrir une quinzaine d’ateliers (expositions, présentations, démonstrations, jeux, ateliers pour enfants…) sur l’univers du cheval (élevage, équitation amazone, équidés de travail, bien-être animal, sellerie et harnachements, maréchalerie, live painting…).

Cette formule inédite de visite itinérante fait écho à une composante importante des activités du Comité Régional d’Équitation (CRE) : le tourisme équestre, qui allie découverte culturelle, plaisirs du terroir et équitation.

Pensez-vous que l’année « Viva Leonardo da Vinci 2019 ! 500 ans de Renaissance(S] en Centre-Val de Loire » puisse être un booster pour le tourisme équestre dans notre région ?

Cette célébration est déjà un booster pour le tourisme équestre. La date du 30 juin est certes un moteur, puisqu’il s’agit d’un événement unique qui attire des cavaliers et meneurs d’une trentaine de départements différents, et même de Suisse, de Belgique et d’Allemagne. Mais elle met aussi un coup de projecteur sur les randonnées que les structures équestres organisent toute l’année, avec un éventail de prestations d’hébergement, de restauration, de découverte de produits régionaux. Le site www.randonnezchevalocentre.fr (nouvelle fenêtre), qui centralise et valorise cette offre, note une augmentation de sa fréquentation ces derniers mois.

Par ailleurs, une partie des cavaliers présents le 30 juin aura emprunté certains des 253 km de chemins que nous avons balisés cette année. Ces 500 ans auront été un vrai coup d’accélérateur à ces itinéraires, un héritage qui s’inscrit dans la Route Européenne d’Artagnan dont cette partie en Région Centre-Val de Loire sera inaugurée le 30 juin à Chambord. Tous les tracés créés aujourd’hui sont pérennisés.

Enfin, je souhaite que la dynamique de l’année « Viva da Vinci 2019 ! » soit un booster pour notre réflexion sur la place du cheval aujourd’hui. Pourquoi pas inspirante comme la Renaissance l’a été ? « 500 chevaux pour les 500 ans de Chambord » n’a rien d’une fête nostalgique. Il faut acter le fait que notre rapport à l’animal prend aujourd’hui un nouveau virage. Nos connaissances de ce merveilleux animal ont progressé. Les enjeux écologiques nous invitent à lui donner une nouvelle place. « Viva Leonardo da Vinci 2019 ! 500 ans de Renaissance(S] en Centre-Val de Loire », nous invite à écrire une nouvelle page de l’Histoire.

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